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Colloque

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Émission radiophonique

Éric VAN DEN ABEELE et Jacques LEMAIRE

Léopold II representé en caricatures

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Revue n° 4 :
Les individualismes

Toile@penser

 

L’individualisme, une mode ?

Marthe VAN DE MEULEBROEKE

Rumeurs et équivoques

Les médias, surtout en France, ont remis l’individu à la mode. On le défend contre l’emprise de l’État, contre l’abus des règles bureaucratiques, voire contre le collectivisme. On loue l’initiative privée, la « dérégulation », l’effacement partiel de la fonction publique. Sur le plan moral, rien de tel que l’individu, voire de l’individu d’élite, qui ne se laisse pas conditionner par les réactions de masse. Bref, on prône l’individualisme.

Dans le même temps, on déplore au contraire la tendance individualiste, voire narcissique, à s’affranchir de tout devoir de solidarité, à ne chercher que son propre profit et/ou son propre plaisir. Se perdraient le sens de la responsabilité à l’égard d’autrui et le sens de la loi morale. Dans cette acception, l’individualisme deviendrait forcément antihumaniste.

La langue de tous les jours véhicule des emplois moins relevés. Au « Café du commerce », l’individualiste est un râleur, un indiscipliné qui ne se plie à aucune règle. Selon la rumeur, il serait typiquement latin : français ou wallon.

Un cran plus bas dans la chronique des faits divers, l’individu devient « peu recommandable », voire « louche », en tous cas inquiétant. Plus personne n’en prône la valeur. De ce triste tremplin, aucune doctrine individualiste ne peut prendre son envol.

Phénomène de mode ou sujet de conversation courante, l’individu et les doctrines qui militent en son nom constituent des termes d’autant plus équivoques qu’ils charrient plus de valeurs émotives et que leur emploi sert à définir des choix de société.

Nous ne cherchons ni une querelle linguistique ni un débat académique. Il nous a paru utile d’essayer d’y voir plus clair en projetant sur ces notions des éclairages différents. Quels que soient nos choix et nos engagements, l’action sera d’autant mieux centrée que seront débusquées les ambiguïtés du discours qui prétend les justifier.

En guise d’introduction à cet échange, voici quelques remarques préliminaires.


L’individu

Le mot « individu » paraît facile à définir. « Un cheval, je le vois. La ‘caballéité’, je ne l’ai jamais vue! » disait Antisthène le Cynique. L’individu serait une réalité tangible, évidente. La société, l’humanité seraient des abstractions.

Qu’est-ce qu’un individu ? Étymologiquement, c’est un « indivisible ». Or, on sait que l’individu n’est pas plus indivisible que sa version grecque : l’atome. Tous deux, on peut les scinder, les morceler, les désintégrer, les faire éclater. Toutefois, l’un et l’autre constituent des touts, des systèmes complexes, qui ont des propriétés particulières en tant que totalités.

Qualitativement, ils sont donc réellement indivisibles, puisqu’à se diviser, ils perdent leur identité. En ce qui concerne l’être vivant, cette identité est partiellement définie par son programme génétique.

Ici, il faut faire faire intervenir une troisième dimension. Les individus eux-mêmes sont inséparables d’autres totalités qui les englobent et les déterminent, au moins en partie. Un individu ne peut exister ni sans l’espèce à laquelle il appartient, ni sans un écosystème qui en permette l’émergence et la subsistance, ni sans une structure sociale minimale. « L’individu, écrit François Jacob, est l’aboutissement d’une interaction constante entre son programme et le milieu dans lequel il vit ». Certains auteurs, que nous ne suivrons pas, sont allés plus loin. Voulant affirmer la réalité du groupe, Spencer comparait terme à terme une société et un organisme vivant. Sans doute retiendrons-nous la définition de François Jacob : elle est claire et opératoire.

N’empêche qu’elle ne rencontre pas tous les emplois qui ont été faits de ce concept sur les plans éthique, social et politique. Il nous faut en prendre conscience : le mot « individu » est souvent employé dans des relations implicitement binaires où il peut prendre des significations divergentes. Nous venons d’opposer la partie au tout qui l’englobe ; par exemple, l’individu à l’espèce ou à la collectivité. Mais on peut détecter de tout autre rapport bipolaire. On met souvent l’accent sur la singularité concrète de l’individu, sur son unicité, sur son irréductibilité à l’autre. Du coup, on oppose sa particularité au concept universel d’être humain. En réaction contre l’esprit de système, Kierkegaard estimait que l’Individu constituait la seule réalité, non pas l’individu qui ne serait qu’une unité numérique dans l’espèce ou dans la société, mais l’Individu, chaque fois unique et particulier, qui a à se choisir lui-même dans la liberté, sans l’appui d’aucune règle ni universelle, ni même générale.

Tout au contraire, le respect que l’on porte à l’individu peut trouver un support dans ce que chaque homme a de plus universel, dans sa faculté de juger ou de se révolter par exemple. À ce moment, il devient l’élément mobile, partiellement interchangeable qui atteint l’universalité par-dessus les particularités des collectivités intermédiaires. On se battra pour le droit des individus à choisir leurs croyances ou leurs opinions, et l’on déniera à la société le droit de leur imposer les siennes.

Enfin, le couple peut mettre en balance l’individu et la personne. Dans ce cas, le premier terme désigne l’aspect plus physiologique, en tous cas déterminé, de l’être humain. On réserverait l’appellation de personnes aux êtres qui sont capables de jouer consciemment et volontairement un rôle social. Le personnalisme chrétien a beaucoup usé de cette opposition.  

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Vous avez dit Justice ? 
Violence et fantasmes du système pénal

La violence de l’État

Libre propos de Geoffroy DE LAGASNERIE



Dans son fonctionnement régulier, l’État est-il violent ? Lorsque l’on fait une réflexion, comme ce fut le cas de Geoffroy de Lagasnerie, sur les procès d’assise, c’est-à-dire les procès de crime passible de plus de dix ans de prison, on a tendance à analyser la question de la justice comme étant une réflexion sur la déviance, ou sur les torts de la criminalité ou sur l’extralégalité, etc. On a tendance, souvent, à faire une théorie de la justice qui est en rapport avec la théorie des inégalismes. Geoffroy de Lagasnerie a plutôt essayé de faire une théorie du sujet politique – que nous sommes tous –, et du rapport que l’on entretient avec la question de l’État. Qu’est-ce que c’est qu’appartenir à un État ? Qu’est-ce que c’est qu’être construit comme un sujet de droit par l’État ? Et il a essayé d’utiliser la scène du tribunal comme une scène qui révèle ce que c’est que d’être un sujet de droit et il a essayé de dégager, à ce moment, l’ensemble des opérations de pouvoir, de violence, de dépossession qui sont à l’œuvre dans l’appartenance à l’État.

Classiquement, dans les théories politiques contemporaines, il y a une catégorie utilisée fréquemment : c’est la théorie de la dépossession dans laquelle on va concentrer le regard sur ceux qui sont exclus d’appartenance à l’État. On va donc analyser les réfugiés, les sans-papiers, les gens discriminés, d’un point de vue de la citoyenneté. Et régulièrement, on en vient à construire l’appartenance à l’État, à la citoyenneté, au sujet de droit comme étant la référence positive dans laquelle il faudrait faire entrer un certain nombre de gens. On en vient à poser la citoyenneté, et l’appartenance à l’État, à la démocratie, comme étant le lieu non critique à partir duquel on opère une critique des opérations de possession, d’exclusion, de relégation, des frontières, du racisme d’État, etc. Il est important de le faire, mais il est également important, en démarche critique en général, d’interroger ce que l’on voit comme positif, c’est-à-dire de mettre en question la négativité du positif et pas la négativité du négatif. Comme par exemple, qu’y a-t-il comme violence lorsque l’État fonctionne bien ?

Lorsque l’on est citoyen, que l’on est bien traité par l’État, lorsque les lois sont démocratiques, etc., qu’y a-t-il de violent et qu’y a-t-il comme opérations critiquables dans ce genre de scènes de pouvoir et comment, à partir de ce moment, devons-nous réengager une théorie critique et une théorie émancipatrice ?

Geoffroy de Lagasnerie a développé une réflexion sur les catégories de violence et sur la violence de l’État et la violence que l’on subit en tant que membre de l’État. Après avoir assisté à plusieurs procès, durant une période de quatre ans, il s’est rendu compte qu’il ne voyait pas ces scènes comme très violentes, mais plutôt comme des scènes assez ennuyeuses. Il n’avait pas conscience de la quantité de violence qui se dégageait d’un procès.


Qu’est-ce qu’un procès ?

C’est quand quelqu’un qui a été attrapé dans sa vie par la police. C’est quand quelqu’un qui marchait dans la rue, qui était chez lui et, des gens sont entrés, l’ont attrapé, l’ont mis dans une cage – ce que l’on appelle une prison –, ou dans un commissariat, l’ont séquestré, l’ont empêché de partir. Ensuite, ils le font comparaître, l’obligent à parler, lui disent qu’ils le jugent, qu’il est coupable, qu’il leur appartient et l’envoient ensuite dix ans en prison pour un acte jugé illégal.

La scène du tribunal est une scène d’une extrême violence. C’est une scène où l’État se donne le droit d’enfermer quelqu’un, de le voler, de le séquestrer, de l’agresser, de lui faire du mal dans son corps, dans ses biens, dans ses relations sociales, dans ses amours, etc. Et pourtant, on ne voit pas cette violence, car on a du mal à percevoir la quantité de violence qui est à l’œuvre dans l’État.

Ce sur quoi il faut réfléchir, c’est sur l’ensemble des opérations qui nous cache la vérité objective de la violence de l’État, c’est-à-dire les théories, les pratiques, les discours, les catégories de pensées qui en viennent à nous faire croire que l’État n’est pas violent quand il exerce une violence sur nous. La question du vocabulaire est primordiale. On emploie des mots différents lorsque l’on parle de l’État ou lorsque l’on parle des actions privées des individus. Par exemple, on ne dira pas que l’État séquestre quelqu’un, mais qu’il emprisonne ; on ne dira pas que l’État vole, mais qu’il prélève des impôts ou qu’il impose une amende ; on ne dira pas que l’État enlève des gens, mais qu’il les arrête. Ces opérations permettent de rendre l’État moins violent et de ne pas avoir conscience de la vérité objective de la violence que l’État exerce sur l’ensemble des individus.

Geoffroy de Lagasnerie pense que le rôle de la sociologie, quand elle dit la vérité, c’est de restituer la violence objective des opérations étatiques dans leur normalités, dans leur légalités. Les violences policières, les bavures, par exemple, avec la question d’Adama Traoré et la question du viol de Théo, deux affaires très importantes en France qui posent la question des violences policières.

Pour Geoffroy de Lagasnerie, lorsque l’on emploie le terme de « violences policières », on en vient à considérer comme violent ce qui est extralégal, c’est-à-dire que l’on entend mal le ministre de l’Intérieur dire qu’il condamne toutes les violences : autrement dit il ne faut pas que la police soit violente. Il faut condamner les violences policières, mais lorsque l’on dit cela, c’est que l’on présuppose qu’il y a violence lorsqu’il y a quelque chose qui est en dehors de la loi.

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