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Émission radiophonique

Éric VAN DEN ABEELE et Jacques LEMAIRE

Léopold II representé en caricatures

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Revue n° 5 :
Dire l'histoire

Toile@penser

 

Culture et démocratie

Roland MORTIER
Professeur à l’Université libre de Bruxelles
Membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises

Le sujet que l’A.Pr.Br. propose à nos réflexions est aussi vaste que controversé. Existe-t-il divers niveaux de culture qu’on puisse qualifier, d’une part de culture de masse et d’autre part de culture d’élite ? La terminologie de base retenue pour cette journée semble s’inscrire d’emblée dans une opposition socio-économique où le sujet débattu reste lui-même problématique. C’est sur le sens et le contenu du terme culture qu’il faudrait se pencher par priorité. Mes réflexions personnelles ne seront ni celles d’un spécialiste des médias, ni celles d’un animateur socioculturel, mais celles d’un enseignant qui a consacré plus de quarante ans de sa vie à l’étude de la littérature et à sa diffusion.

À mon sens, confiner le plus grand nombre dans une prétendue « culturede masse » équivaudrait à l’enfermer de facto dans un ghetto intellectuel, conditionné lui-même par une sorte de fatalité historique inéluctable. La vraie culture n’est ni un privilège, ni un Éden pour nantis, ni un monde de rêve inaccessible. Le mouvement de diffusion de la culture tend au contraire à l’élévation d’un nombre croissant d’individus conscients vers des valeurs restées parfois malaisément accessibles, par manque de ressources ou par manque de loisirs.

Le dictionnaire Robert nous fournit quelques lignes directrices fortes utiles pour une discussion plus approfondie. Il définit culture, au sens abstrait, de la manière suivante :

1. Développement de certaines facultés de l’esprit par des exercices intellectuels appropriés.

  • par extension : ensemble de connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, le jugement.

D’où deux types de culture :

  • spécialisée (philosophique, littéraire, classique, artistique, historique, scientifique, etc.).
  • générale : relative à des domaines utiles à tous.

2. Ensemble des aspects intellectuels d’une civilisation : culture occidentale, orientale, française, etc.

Quant au terme élite, le même dictionnaire est loin de le tenir pour déprécier, péjoratif ou suspect. Il le définit :

  • Ensemble des personnes les meilleures, les plus remarquables d’un groupe ou d’une communauté : ex. âmes d’élite, esprits d’élite.
  • Les personnes qui, par leur valeur propre, occupent le premier rang : ex. « cette aristocratie plébéienne où dorénavant se recrutent les élites » (Martin du Gard).

Ces définitions proposées par un lexicographe sans parti pris et d’une grande probité intellectuelle appellent déjà quelques remarques préliminaires :

1. La culture n’est pas a priori, ou exclusivement, littéraire. Elle peut concerner la musicologie, les beaux-arts, les sciences de la nature, la géographie, la biologie, etc.

2. Toutes ces formes de culture ont en commun d’exiger un effort, un travail, une démarche active de l’esprit. Aucune culture ne s’acquiert passivement, par la seule vertu de l’image.

3. L’acquis culturel n’est pas pur érudition, assimilation encyclopédique. Il doit conduire à des attitudes critiques, à des appréciations personnelles, donc au développement de l’individu pensant.

4. La culture ne se confond pas avec la pure technicité, avec un savoir extensif par accumulation, même si la mémoire y joue un rôle important (ce n’est pas par hasard que les Grecs avaient fait de Mnémosyne la mère de toutes les Muses).

5. Si la culture suppose un long travail, toujours en cours, toujours tendu vers de nouveaux objectifs, elle exige des loisirs qui n’ont pas toujours existé pour la majorité. Notre âge se veut celui des loisirs, autant que celui des médias. Le rythme de la vie a changé et il ouvre, en principe du moins, de vastes possibilités de diffusion culturelle. Reste à voir si ces moyens sont toujours bien utilisés et surtout bien accueillis par ceux qui devraient en être les usagers.

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Le combat des Lumières

Marcel VOISIN

Les anti-Lumières

De rudes adversaires des Lumières se sont manifestés dès le XVIIIe siècle, et notamment à partir de 1789, quand la Révolution française fit figure de rupture dramatique, de catastrophe, origine de tout le mal social et politique pour l’Europe entière. Dès 1725, Giambattista Vico constitue le premier maillon de l’antirationalisme et de l’anti-intellectualisme, du culte du particulier et du refus de l’universel.

Edmund Burke, qui sera parmi les plus considérables, dénonce une conspiration contre la civilisation chrétienne, une déconstruction de la tradition qui, selon lui, a fait ses preuves, une tyrannie de la raison bien insuffisante pour assurer le bonheur humain. Il théorise une véritable guerre psychologique qu’il veut endiguer sans être totalement  réactionnaire puisqu’il admet Montesquieu, par exemple.

Une autre voie fréquentée est celle de l’organicisme (forme suprême de la subordination de l’individu à la collectivité). De là aussi, la sacralisation du sang et du sol où naîtront facilement, grâce à Herder notamment, une notion monolithique de l’identité et un farouche nationalisme.

Toutes ces notions récusent le relativisme au profit du communautarisme. Cette absolutisation conceptuelle favorise la démagogie et le totalitarisme. Le populisme n’est pas bien loin, d’autant qu’il s’appuie volontiers sur des attitudes religieuses comme le culte de l’homme providentiel ou la promotion d’une morale étroite et dogmatique. Le césarisme prophétisé par Spengler se profile. Il s’en prend aussi aux  règles de l’argent par où « la démocratie s’anéantit elle-même, après que l’argent a anéanti l’esprit ».

La plupart de ces considérations relèvent de l’irrationalisme, véritable promotion du préjugé d’autant plus valorisé qu’il est ancien et enraciné. Curieuse promotion de l’histoire par rapport à la raison... Herder veut « rétablir ou renouveler les bonnes habitudes, voire même les préjugés ».La plupart des auteurs dénoncent la tyrannie de la raison au détriment de la vie et même de la civilisation. Le vaste courant du romantisme ne cessera d’illustrer ce thème qui, comme aujourd’hui, met en avant la sensibilité et l’émotion.

Aujourd’hui

Pourrions-nous affirmer que tout cela n’est qu’un lointain souvenir ?

Certainement pas. Nous retrouvons la plupart des griefs énoncés dont certains ont même pris une ampleur particulière. Par exemple, la crise de confiance dans la science s’est aggravée depuis la bombe atomique. On se méfie d’une rationalité mécaniste à la Descartes. On affronte maintenant la rationalité technoscientifique vue comme un puissant processus de déshumanisation, d’ailleurs encouragé par une vision mercantile, ycompris en politique. L’économisme mondialisé, le transhumanisme, la robotisation accélérée, les défis de l’intelligence artificielle, l’emprise des algorithmes, etc. assiègent les consciences, les institutions et le sens même de la vie. En plus, l’accélération des changements déboussole.

On en vient à penser à un avenir schizophrène du progrès, notionessentielle de ce qu’est la philosophie des Lumières. Une critique négative de la rationalité a repris vigueur. La marée de l’information nous submerge plutôt qu’elle ne nous instruit. La « singularité technologique » prévue par les avancées de la science inquiète bien plus qu’elle ne nous rassure. Le politique paraît aussi déboussolé que sa pratique. Le populisme, avec son cortège de traits dictatoriaux, malmène une démocratie chancelante.

Il est clair que les valeurs humanistes risquent de devenir complètementobsolètes. L’humain lui-même pourrait devenir le premier robot. N’oublions pas non plus la bombe démographique, déjà envisagée par Malthus, qui prend des proportions catastrophiques y compris pour l’environnement, c’est-à-dire pour notre niche écologique. La fuite en avant est telle que certains n’espèrent plus qu’en la colonisation de l’espace. Quelle sera la qualité de la vie dans l’avenir.

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