Les débuts de La Pensée et les Hommes

Par rapport aux émissions produites par l’INR, les choses se modifient en profondeur. Le changement de ton, de forme, le choix des sujets (qualifiés d'agressifs par les autorités catholiques), allaient valoir à l’émission un succès d'adhésion de la part des laïques, de curiosité dans les milieux chrétiens, de fureur dans la presse bien pensante, de scandale chez les intégristes. Grâce à l'intérêt soulevé, la durée des émissions passait de dix à vingt minutes.

En 1956, la durée des émissions en radio passe de vingt à vingt-cinq minutes. Un changement important se produit aussi dans la forme des enregistrements. Il y avait (et il y a toujours) un responsable représentant l'INR ou la RTBF aujourd’hui lors de l'enregistrement ou d’une diffusion en direct (situation exceptionnelle de nos jours) ; mais, avant 1956, l’INR exigeait que le texte des interventions fût préalablement écrit. Cette contrainte se trouva levée après la généralisation de l'enregistrement sur magnétophone, puisque la bande magnétique fournissait un contrôle préventif.

La même année, pour la première fois, la censure s’abat sur une de nos émissions en radio : interdiction nous est notifiée de diffuser un texte de Bernard Shaw (Les Aventures d'une jeune négresse à la recherche de Dieu). Dans son ouvrage, Bernard Shaw figure, non pas un Dieu unique, mais divers dieux, opposés, contradictoires, tous présents sous un même nom dans la Bible : dieu de vengeance et de colère, dieu nationaliste (Genèse, Exode), dieu ergoteur et ratiocinateur (livre de Job), dieu de découragement et de lassitude (Ecclésiaste), etc. Le texte de Shaw ne fut pas autorisé à passer sur antenne, car il était jugé « outrageant les convictions d'autrui ».

Toujours en 1956, le conseil d'administration de l'INR accorde l'accès de la télévision à La Pensée et les Hommes (pour six émissions annuelles). La toute première émission (présentation et définition) montra successivement les visages de Sélim Sasson (pour la présentation de l’émission et des deux autres participants), Robert Hamaide (pour l’affirmation de l’objectif laïque), Georges Van Hout (pour la description des objectifs de programmation). Après cette diffusion, Sélim Sasson, qui travaillait à l’INR fut officieusement averti des risques qu’il prenait pour le renouvellement futur de son contrat avec l’institution.

Le succès de nos émissions fut décisif. Il n'y avait aucune concurrence entre les chaînes belges (trois au total dont deux francophones). Le programme quotidien francophone belge ne couvrait que quatre heures et n'abordait jamais les problèmes éthiques. Les moyens techniques de production étaient donc on ne peut plus simples : les émissions se faisaient en direct. Dans sa programmation, La Pensée et les Hommes traitait toute espèce de sujet, au-delà de ce qui était strictement « philosophique et moral », mais dans une perspective libre-exaministe. Elle fut la première, avant la presse écrite, la radio-télé officielle, et en opposition avec les lois en cours, à introduire des dossiers jugés brûlants à l’époque sur

l'information contraceptive,
l'éducation sexuelle,
l'interruption volontaire de grossesse,
la peine de mort,
le tiers monde,
l'objection de conscience,
la mort dans la dignité,
les droits de la femme, etc.

Aujourd'hui, tous ces thèmes de réflexion peuvent sembler banals, vu l'évolution des mentalités et la constante adaptation des mœurs à la vie sociale. Mais, dans les années 1950, ces choix étaient nouveaux et qualifiés de « provocateurs » par les milieux conservateurs.

L'audience de nos émissions atteint bientôt à quinze pour cent de l'audience globale (ce qui constitue un chiffre énorme pour ce genre d'émissions). D’emblée, elle dépasse le volume des spectateurs des émissions religieuses. Surtout, la télévision permettait aux catholiques de mieux connaître et peut-être de mieux comprendre ces agnostiques, ces athées, ces libres penseurs, ces anticléricaux dont, auparavant, ils se trouvaient séparés par les cloisons de la presse, de l'enseignement, des relations de société. Le travail de diffusion de ces années-là a très certainement accéléré diverses prises de décision en matière sociale et éthique et a ouvert la voie à un pluralisme vécu.

En 1957, la durée de nos émissions en radio passe de vingt-cinq à trente minutes et le nombre annuel des émissions télévisées atteint le chiffre de dix-huit.

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