Naissance de la revue La Pensée et les Hommes

Souvent, les auditeurs faisaient appel à notre association pour obtenir le texte de nos productions, afin de pouvoir y réfléchir plus à loisir. Au départ, la communication de ces textes était opérée sous la forme d’envoi postal de documents stencilés. À la suggestion de Claude Barrèges, fut décidée la création d'un bulletin mensuel reprenant le texte des émissions diffusées en radio.

L’affaire de la Conférence des évêques de Belgique

En 1957, la Conférence des Évêques de Belgique publie un communiqué de presse dans lequel elle dénonce la malfaisance de l'émission radiophonique La Pensée et les Hommes et la qualifie de « blasphématoire et sacrilège ». Elle exige aussi réparation et mise au pas d'une tribune qui offense les convictions les plus sacrées de la majorité des Belges. Cette réaction avait été déclenchée par un exposé fait sur antenne par Jacqueline Marchand (de l’Union rationaliste de France), spécialiste de l’histoire du christianisme, au sujet des Origines sociales du christianisme.

Le pouvoir de la Conférence des Évêques était, en ces temps, bien étendu. Peu de temps après, à l’occasion d’une démarche accomplie par Robert Hamaide et par Georges Van Hout auprès de M. Born, président (PSC) du conseil d'administration de la RTB, celui-ci déclara « ne pouvoir soutenir les revendications laïques, puisque l’épiscopat belge les avait condamnées ». Nos représentants ne manquèrent pas de lui rétorquer qu’ils ne voyaient pas en vertu de quel droit la Conférence des Évêques dirigeait les décisions de gestion d’un organisme public. Ce fut en vain.

Ce qui choquait avant tout dans certains milieux, c'était l'expression publique d’une pensée libérée sur le plan religieux et qui pouvait, désormais, être reçue par n'importe qui. La Pensée et les Hommes produisait des émissions de réflexion libre en un temps où l'Index de l’Église catholique interdisait encore certains livres, où une cote catholique était attribuée aux films, où la lecture d'un journal de conviction non catholique était un péché à avouer en confession, où le vote électoral était orienté en « chaire de vérité », où dans les villages et les patronages, on espionnait chacun pour vérifier si le regard ne dépassait jamais le champ des œillères protectrices.

Comme thèmes dénoncés précisément en raison de leur agressivité suspectée, on dénombre par exemple l’origine de la vie, l’origine des espèces, l’origine de l'homme, la structure de l’espace, la cosmologie de l’univers, l’au-delà, le miracle, l’historicité du Christ, etc. Ces sujets étaient évidemment traités avec toute la rigueur scientifique et toute l’honnêteté voulue dans les universités catholiques ; mais, comme on avait considéré les textes de la Bible au temps des guerres de religion, ils ne pouvaient être communiqués qu’aux lettrés suffisamment formés pour séparer leur foi de la connaissance scientifique. On serait aujourd’hui étonné si l’on étudiait l’état d’ignorance « crasse » où se trouvait le public ordinaire des années 1955-1958.

Le courrier des auditeurs témoignait toutefois de l’intérêt apporté à nos messages : nous recevions des lettres d'injures, de controverse, mais aussi des déclarations d'approbation et des témoignages chrétiens à notre écoute qui disaient : « Nous sommes chrétiens – et parfois catholiques –, nous restons fidèles à notre foi, mais nous sommes heureux de vous entendre : votre présence va obliger nos prêtres à changer de langage ».

L’affaire Monsieur Tout Blanc, une anecdote significative (septembre 1958)

Pour la reprise de la saison radiophonique en 1958, nous décidons de traiter le thème « Philosophie et chanson populaire ». On y programme, entre autres, le chansonnier anarchisant Léo Ferré avec sa composition Monsieur Tout Blanc. L'INR avait déjà diffusé ce disque ; mais l'auditeur n'imaginait pas qui pouvait être ce « Monsieur Tout Blanc ». Un peu plus averti, le préposé au contrôle de l’INR estima qu’on se trouvait en présence du cas d’« offense à un chef d'État étranger », sanctionnée par les règlements ; l’affaire fut discutée devant le chef du service littéraire, lequel s’en référa au directeur des émissions parlées, lequel transféra la responsabilité finale au directeur général faisant fonction. Celui-ci, apprenant que le disque avait déjà été diffusé sur les antennes, considéra loyalement qu’il ne pouvait s’opposer à une rediffusion sous prétexte qu’elle était laïque. La diffusion entraîne le traditionnel courrier de protestation : la presse bien pensante s'indigne, deux questions parlementaires sont posées par le PSC au ministre compétent…

Un mois plus tard, survient la mort de Pie XII ! Selon l'usage, la radio n'émet que de la musique sérieuse, dite « de circonstance » ; sur la mire de la télévision précédant l'information, on ajoute un fond musical. Le régisseur de service, informé, grâce à l' « affaire », qu'il existait un disque évoquant le pape défunt, en toute bonne foi et en parfaite ignorance, fait entendre au téléspectateur, en attente, Monsieur Tout Blanc de Léo Ferré.

Et deux ans plus tard, dans un classique télescopage de l'histoire, la presse bien pensante désignait encore La Pensée et les Hommes comme « ces incroyants qui ne respectent rien et qui avaient osé diffuser Monsieur Tout Blanc le jour de la mort de Sa Sainteté le pape Pie XII » !

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